"Une autre réforme, équitable"

Publié le 06/09/2010

Dans un entretien accordé à L'Humanité du 6 septembre 2010, François Chérèque précise les revendications de la CFDT à veille de la journée de mobilisation sur les retraites.

La CFDT demande-t-elle au gouvernement de retirer son projet de réforme des retraites ?

Non, la CFDT, comme l’intersyndicale, ne demande pas le retrait du projet de loi car ça laisserait à penser qu’il ne faut pas de réforme. Nous sommes pour une autre réforme et peu importe la méthode que le Parlement retiendra pour cela. L’important est d’obtenir une réforme juste et financée.

Qu’est-ce qui, à vos yeux, est inacceptable dans le projet actuel ?

Le gouvernement veut décaler les bornes essentielles de la réforme de 1981, l’ouverture des droits à 60 ans et les pleins droits à 65 ans. C’est inacceptable parce que ça créé des inégalités pour ceux qui ont commencé à travailler jeune, ceux qui ont exercé des métiers pénibles, pour les femmes… Mais il est nécessaire de réformer les retraites pour assurer la pérennité du système par répartition.

Des évolutions telles que celles avancées par Eric Woerth, sur la pénibilité, les poly pensionnés ou les carrières longues sont elles susceptibles de modifier votre appréciation ?

Tant que le gouvernement ne remettra pas en cause les 62 ans et les 67 ans, la réforme ne sera pas acceptable.

Alors quelle réforme ? 

Il faut ouvrir un débat qui n’a jamais eu lieu pour confronter les idées de la société, des syndicats, des partis politiques. La CFDT avance trois grands thèmes. Le premier, c’est qu’on ne touche pas aux bornes 60 et 65 ans mais on discute de l’évolution de la durée de cotisation. Le deuxième, c’est de se projeter dans l’avenir et d’examiner, pour les futures générations, les modalités d’une fusion des différents régimes afin de ne plus pénaliser 40% des salariés qui sont poly pensionnés. Le troisième volet est celui du financement. Tous les revenus, donc ceux du capital, doivent participer au financement de la solidarité.

On pourrait donc augmenter la durée de cotisation ?
 
Oui c’est ce que nous avons dit à notre congrès…

Mais est-ce que ça ne revient pas soit à baisser le niveau des pensions soit à travailler plus longtemps ?

Non. Si on intègre la pénibilité, un financement des périodes de précarité ou de chômage par la solidarité, et des éléments de choix à 60 ans, on atténue le problème des durées de carrière inaccessibles. Le principe de l’âge, lui, sanctionne les ouvriers. Nous voulons une réforme équitable qui réduise les inégalités entre hommes et femmes, ouvriers et cadres. C’est la seule solution.

Cela signifie-t-il que vous tenez compte de l’argument démographique : l’allongement de l’espérance de vie doit entraîner un allongement de la durée du travail ?

Oui et ce n’est pas une nouveauté pour la CFDT, c’était le cas en 2003. Mais l’allongement de la vie a sa limite. D’où la nécessité de se pencher sur les financements…

Vous souhaitez une hausse des cotisations ?

Recourir à la hausse des cotisations sociales est une entrée limitée si on veut défendre le pouvoir d’achat. Notre optique, c’est d’abord que tous les éléments de solidarité pour faire face aux aléas de la vie doivent être pris en charge par la solidarité nationale donc la fiscalité. Je fais remarquer qu’on parle de réforme en 2010, parce qu’il y a eu la crise. Sinon on en parlait en 2012. 40% des besoins de financement sont dû aux effets de la crise. Cela doit être financé par une taxation du capital au même niveau que le travail. C’est pourquoi la CFDT a défendu la CSG qui intègre le capital dans le financement de la protection sociale.

Mais la question la plus importante n’est-elle pas la question de l’emploi ?

C’est évident, les chiffres du chômage ne vont pas dans le sens de la réforme du gouvernement. Le chômage des jeunes et des seniors augmente. Nous allons avoir un transfert de la caisse de retraite vers l’assurance chômage. Cela ne changera rien au déficit sauf que les partenaires sociaux en auront la responsabilité. C’est une irresponsabilité du gouvernement.

A quel niveau voyez-vous la mobilisation de mardi ?

Nous espérons que ce soit du même niveau au moins que le 24 juin. Pour la première fois depuis que je suis syndicaliste, une mobilisation réussirait à la rentrée. Notre objectif est que le gouvernement ouvre le débat sur une autre réforme. Et nous verrons au lendemain du 7, en fonction de la mobilisation et des réponses qui nous seront faites, ce que l’intersyndicale décidera.

Propos recueillis pour L'Humanité