"Le gouvernement a perdu la bataille de l'opinion"

Publié le 02/11/2010

Interviewé dans Le Parisien du 29 octobre, François Chérèque estime que l'un des prochains grands rendez-vous sociaux est l'ouverture de négociations sur l'emploi des jeunes et des seniors.

Malgré une moindre mobilisation, la journée d'hier est-elle un succès ?

Il est vrai qu'on enregistre une baisse du nombre de manifestants mais la mobilisation reste importante. Notamment pour une journée qui a pris place dans une période de vacances. Mais au-delà, je pense aussi qu'il peut y avoir une lassitude des salariés due à la durée du conflit, à l’intransigeance du gouvernement et au vote de la loi par le Parlement.
Vous maintenez la journée d'action du 6 novembre?
Oui, car le problème des retraites ne s'arrête pas avec le vote de la réforme. Il est d'ailleurs inscrit dans le texte de loi que le système sera remis à plat en 2013. Cela constitue un aveu de la part du gouvernement que sa réforme est à revoir.


Vous ne prévoyez donc aucune autre journée d'action à l'exception de celle du 6 novembre d'ici à 2013 ?

 La réunion intersyndicale du 4 novembre prochain décidera des suites du mouvement. Mais, en tout cas sur les retraites, la loi fixe d’ores et déjà un rendez vous en 2013 et ce sera sûrement un débat de  l'élection présidentielle de 2012. Mais il y a bien d'autres dossiers que la CFDT et les autres centrales syndicales devront ouvrir, d'ici là et notamment, l'emploi dans notre pays, les conditions de travail et la pénibilité, l'avenir des jeunes. Il faut que nous approfondissions la réflexion sur ces questions. Mais il est clair que la promulgation de la loi, lorsqu'elle interviendra, nous conduira à d’autres formes d’actions syndicales.


L'emploi des jeunes et des seniors sera-t-il le premier dossier sur lequel vous allez négocier?

L'ensemble des organisations syndicales ont dit et répété que quel que soit le contenu de la réforme des retraites, il n'y a pas de solution au  financement sans baisse du chômage. Sur les jeunes, je veux souligner deux points. Nous avons participé avec Martin Hirsch lorsqu'il était au gouvernement à la rédaction du Livre vert sur l'emploi, la formation et le logement des jeunes. Il faut maintenant que le gouvernement mette en œuvre ses engagements. Ensuite, il y a ce que les syndicats et le patronat peuvent négocier. Les employeurs doivent s'engager sur l'accueil des jeunes en entreprise et le maintien des seniors. Il faut arrêter d'opposer les générations.

Souhaitez-vous que s'ouvre une vraie négociation sur ce thème entre partenaire sociaux ?

En ce qui concerne l'emploi dans le secteur privé, il faut effectivement que patronat et syndicats s'engagent dans ce travail. Ce dossier doit faire l'objet d'une négociation nationale mais cela n'empêche pas les entreprises de prendre le plus tôt possible des mesures concrètes et efficaces sur le terrain.

Cette négociation pourrait s'ouvrir d'ici à la fin de l'année ?

La CFDT n’est pas seule à décider du calendrier des négociations. Il faut que tous les syndicats en discutent.

Considérez-vous que les syndicats ont remporté le bras de fer avec le gouvernement?

Les petites améliorations apportées au projet de loi sur l’invalidité, les polypensionnés, les handicapés, les mères de famille, les victimes de l'amiante et la remise à plat programmée en 2013 ne seraient jamais intervenues sans notre mobilisation. Le rendez vous de 2013 nous permettra, entre autres, de faire la démonstration que le recul de la retraite à taux plein de 65 à 67 ans ne doit pas entrer en vigueur. Mais nous n'avons pas réussi à faire reculer le gouvernement sur l'âge légal reporté de 60 à 62 ans, une mesure particulièrement injuste car elle touche ceux qui ont commencé à travailler à 18 ans (les ouvriers souvent) qui devront cotiser 44 ans. Mais le gouvernement a perdu la bataille de l’opinion qui soutient ce mouvement. Ce passage en force laissera des traces.