Les effets de la Crise en Aquitaine : la SOCAT en Dordogne (Gpe Delmon Ind.)

Publié le 01/07/2009 à 15H05
Renault et Volvo Trucks, SNCF, Schlumberger, Caterpillar, SNECMA, autant de clients connus pour cette entreprise familiale (à 98 %), dont le Patron...n'est autre que la Maire de la commune ! Avant la crise, on comptait encore 382 salariés CDI et quelques 140 intérimaires. 23 départs volontaires ont pu être négociés (en préretraite) assez rapidement.
Les effets de la Crise en Aquitaine : la SOCAT en Dordogne (Gpe Delmon Ind.)
Les effets de la Crise en Aquitaine : la SOCAT en Dordogne (Gpe Delmon Ind.)
Renault et Volvo Trucks, SNCF, Schlumberger, Caterpillar, SNECMA, autant de clients connus pour cette entreprise familiale (à 98 %), dont le Patron...n'est autre que la Maire de la commune ! Avant la crise, on comptait encore 382 salariés CDI et quelques 140 intérimaires. 23 départs volontaires ont pu être négociés (en préretraite) assez rapidement.

interview par Laurent Dufourcq

(fiche identité de l'entreprise en pièce jointe)

Zaher, quelle est votre situation à ce jour ?

Zaher : Pour le contexte, fin novembre 2008, sous couvert de désorganisation du site, la Direction a dénoncé l'accord 35 heures (datant de 2000), arguant du fait que 100 personnes sont arrivés du site de Brives (fermé en avril 2008) et que la crise fait chuter dangereusement l'activité.

Pour être honnête, nous connaissons des difficultés récurrentes depuis 3 ans. Avec des coûts de revient trop importants, par rapport aux concurrents d'Europe de l'Est, 10% de l'activité du site est déficitaire (équivalent à 60 emplois). On peut rajouter à ça des stratégies de prix très agressives des fournisseurs de matière première (caoutchouc, ils ne sont que 2 ou 3 principaux) qui ont les coudées franches pour fixer leurs conditions.
Selon le Patron, le fait de renégocier cet accord limiterait les pertes de 5 à 6%, juste en améliorant la coordination des quelques 77 horaires différents présents sur site.

Yves : Se servant de cet état de fait et de l'immobilisme de certains syndicats, en décembre 2008, ce dernier annonce par voie de presse 80 licenciements. Les 140 intérimaires en plus.

Comment a  réagi la section CFDT ?

Zaher : Nous savions, du fait du maintient du dialogue avec le Patron, que plusieurs solutions se présentaient à nous :
- 23 départs en ruptures conventionnelles (préretraites),
- Activité ramenée à 95% des capacités de production (contre 70% à l'époque dû à la désorganisation des horaires notamment) et on sauve 20 personnes,
- Renégociation des 35 heures, avec un rallongement des plages horaires de 45 minutes (rémunérées) et ce sont encore 20 personnes de plus maintenues,
- Il restait à travailler sur les 20 restants, et à ce jour, nous en avons sauvé 11.

section à pris ses responsabilités. Nous nous sommes réunis plusieurs fois, les débats ont été vifs mais constructifs, et nous avons fini par préparer un nouvel accord. Nous l'avons soumis à l'ensemble du personnel (350 personnes ont répondu) et l'avons fait valider par référendum en janvier 2009. Résultat : 85% du personnel s'est prononcé en sa faveur !
Nous sommes passés de 77 horaires différents à 4.

Je regrette le jeu de la CGT locale (hégémonique jusqu'en 2005), jonglant souvent avec un mélange des genres politico-syndical qui n'a fait que braquer les parties en présence. En instaurant un dialogue franc, parfois virulent, mais responsable avec la Direction, nous ne sommes pas tombés dans le travers du refus systématique.

Quel avenir envisagez-vous ?

Zaher et Yves : Avant la crise (soupir), l'entreprise avait déjà tentée de se diversifier dans le ' thermoplastique '. Mais le matériel, qui a 15 ans, est obsolète face aux concurrents sur ce marché. Il semble que l'entreprise est manquée d'investissements et de volonté managériale pour réorienter sa production. Pourtant, l'usine a sa propre équipe R&D, capable de concevoir des  pièces de A à Z.

La crise nous a quand même touchée de plein fouet, car si on regarde le département ' Haute Technologie ', le carnet de commande a baissé de - 67% ! Et là, ce n'est clairement pas un problème de compétitivité puisque nous avons eu confirmation (par divers audits) que nos pièces à haute valeur ajoutée bénéficient d'un excellent niveau de qualité et de suivi. Dans le secteur Auto, les commandes aussi sont tombées de - 40%.

Malgré tout, début mai, quelques frémissements positifs nous laissent entrevoir une petite lueur d'espoir.

Et le rôle du militant dans tout ça ?

Zaher : J'ai un avantage, je suis magasinier, ce qui me laisse pas mal d'autonomie pour me déplacer dans chaque atelier, dans les bureaux, et ce quasi quotidiennement. Pour le référendum par exemple, nous avons décidé au sein de la section de dégager du temps syndical à 1 adhérent (payé) afin qu'il rencontre les équipes de nuit. Dès le lendemain nous avons pu remettre une synthèse de nos entretiens à la Direction. Ca donne une certaine crédibilité.

Zaher et Yves : Parfois, il est clair que notre boulot s'apparente plus (j'imagine) à de l'assistance sociale : tu aides à remplir tel ou tel feuillet administratif ou fiscal aux collègues, tu écoutes ses problèmes familiaux…C'est aussi ça le lien. Nous tenons tout de même à dire qu'il est préférable de passer par les formations pour prendre de l'assurance.

Comment s'est passée votre coopération avec l'Union Départementale ?

Zaher : Nous avons de très bons contacts au moins une fois par semaine (rires d'Yves)…depuis plusieurs mois. Je tiens également informé mon syndicat interdépartemental des besoins de formation ou des grosses délibérations. L'interpro est un appui logistique et de conseils essentiel pour nous.
En ce moment, nous vérifions certains points juridiques du nouvel accord avec Yves.

Et sur le reste de la Dordogne ?

Yves : Comme l'ensemble du territoire français la Dordogne subit les affres de la crise. Mais aujourd'hui, sont-ce les vrais responsables qui paient le plus lourd tribu ?
Avec son lot de fermeture d'entreprises, de licenciements ou encore de réduction du temps de travail, les salariés périgourdins ressentent durement les effets d'un capitalisme assoiffé de gains sans prendre en compte l'ensemble des acteurs de notre économie. 
La SOCAT n'est bien évidemment qu'un exemple de ce que vivent les salariés au quotidien.

Dans cette situation proche du marasme, quelle place se donne la CFDT Dordogne ?

Yves : Pour nous, il est évident que les salariés sont la priorité de l'action que nous menons dans les diverses instances dans lesquelles nous siégeons. La Plate Forme d'Accompagnement des Mutations Industrielles de la Dordogne (PAMID) voulue et obtenue, en son temps, par la CFDT est un outil à notre disposition. Nous devons lui donner toute sa place dans le soutien aux salariés les plus en difficulté.

En effet, disposant d'une cellule de reclassement permanente, celle-ci doit aujourd'hui accueillir tous les salariés qui par leur appartenance aux petites entreprises (- de 10 salariés) ne peuvent bénéficier des plans de sauvegarde de l'emploi obligatoires dans le cadre de licenciements collectifs (+ de 10 salariés).

Pour nous il est particulièrement inacceptable que ces salariés ne puissent être accompagnés dans leur démarche qui souvent relève plus du parcours du combattant lors des différentes étapes.
Pour la CFDT Dordogne, il est impératif, dans cette période, que l'ensemble des salariés puissent bénéficier des mêmes traitements.