L'AMIANTE, ce fléau !

Publié le 03/04/2009 à 00H00
L'amiante pourtant interdit depuis des dizaines d'années Outre-Atlantique (1982 aux États Unis) mais seulement depuis 1996 en France, continue de faire des ravages : problèmes pneumologiques, cancers, lymphomes, pontages ... Autant de maladies et d'incapacités physiques qui font froid dans le dos.
L'AMIANTE, ce fléau !
L'AMIANTE, ce fléau !
L'amiante pourtant interdit depuis des dizaines d'années Outre-Atlantique (1982 aux États Unis) mais seulement depuis 1996 en France, continue de faire des ravages : problèmes pneumologiques, cancers, lymphomes, pontages ... Autant de maladies et d'incapacités physiques qui font froid dans le dos.

Nous avons décidé de vous faire part du témoignage d'un militant CFDT qui a travaillé avec ce matériau et qui suit aujourd'hui, avec d'autres camarades, les dossiers de plusieurs victimes de ce fléau. Ce 'moment de vie' n'a pour ambition que d'apporter un éclairage, sans doute modeste mais réel, du combat de ces salariés.

Bonjour André. Tu as 66 ans, peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

A 22 ans, de juillet 1964 à fin octobre 1991, j'ai travaillé dans la fonderie d'Aluminium PECHINEY, usine de Noguères (Pyrénées-Atlantiques). Cette usine produisait 110.000 tonnes/an d'alliages d'aluminium sous forme de lingots, billettes et plaques.
J'y ai tenu successivement diverses fonctions dans la coulée de ces alliages d'aluminium. Le travail se faisait en 5 x 8 continu.

Tu étais en contact direct avec de l'amiante ?

Pendant ces années-là nous avons utilisé de l'amiante sous forme de plaques, de joints, de cordons et de gants de protection. D'autre part, l'ensemble de l'usine, dont la fonderie, était couverte par des tôles en fibrociment également à base d'amiante.

Pourquoi ce matériau ?

Les plaques d'amiante étaient utilisées comme protection de la chaleur sur les cuves et les poches de traitement du métal, les goulottes et les répartiteurs de coulée lors des préchauffages précédant le lancement des coulées. Ces plaques, à force d'être chauffées finissaient par se décomposer sous l'effet des brûleurs à gaz et des hautes températures auxquelles elles étaient soumises. Elles s'effritaient avec des émanations de poussières. Nous ne portions aucune protection particulière contre l'amiante.

Ces plaques d'amiante servaient aussi à confectionner des joints. La taille des joints se faisait à la scie sans protection particulière. Les plaques d'amiante désagrégées étaient mises dans des poubelles. Elles-mêmes étaient vidées dans des bennes à plus grande dimension sans aucune disposition particulière et évacuées par un sous-traitant vers un crassier à ciel ouvert.

Les cordons d'amiante étaient quant à eux utilisés pour confectionner des bouchons de différents diamètres. Avec le vieillissement de ceux-ci, l'amiante se désagrégeait et était mis à la poubelle comme précédemment. Il en était de même des vieux gants d'amiante souillés et percés.

Vous faisiez donc partie des premières victimes de votre propre outil de travail ?

Certes, mais ce n'est pas tout. La réfection des toitures était réalisée en neutralisant la zone des travaux sans aucune autre forme de protection, les activités de l'usine se poursuivant. Le personnel extérieur intervenant n'avait pas, lui non plus, de protection particulière.

As-tu une idée du nombre de personnes concernées, simplement sur ton site ?

Sans doute des centaines car, en participant actuellement au groupe de réflexion et d'aide aux victimes, des salariés y compris de la sous-traitance, ayant travaillé dans divers secteurs de l'usine (pas seulement en fonderie) se retrouvent avec des séquelles plus ou moins graves. Nous comptabilisons même quelques décès dont nous défendons les dossiers des veuves.

Malheureusement, nous rencontrons aussi des victimes de l'amiante dans la sous-traitance du Complexe de Lacq, surtout dans l'isolation et le “calorifugeage” des tuyauteries où ce matériau était utilisé couramment.

André, notre entretien touche à sa fin, sur quel message souhaiterais-tu terminer ?


Trop de gens ignorent encore les conséquences de ce fléau et n'osent pas en parler par crainte. Ils ne savent pas comment engager leurs dossiers devant les organismes à partir desquels leur maladie professionnelle sera reconnue et indemnisée : reconnaissance de la maladie par la CPAM, témoignages, contestation des taux d'invalidité attribués et pensions, suivi et recours si aggravation, indemnisation par le FIVA, faute inexcusable de l'employeur…

Ils peuvent en tous cas compter sur notre groupe CFDT.


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