Accord local : Gardiens de troupeaux en estive

Publié le 16/06/2014 à 16H49
Un métier enfin reconnu grâce à la CFDT, Gardiens de troupeaux en estive, pas banal hein ?! Trois ou quatre mois dans les prairies d’altitude (entre 1.000 et 2.500 m), se retrouver seul ou à deux (parfois 3) avec le troupeau (ovins ou bovins), dans des cabanes autrefois sans confort et sans communication. Ce métier se devait d’être reconnu avec ses spécificités propres.

En estive (pâturage d’été Pyrénéen), le gardien de troupeau se retrouve de mai à octobre responsable du(des) troupeau(x) qui lui sont confiés, occupé tous les jours, et toute la journée (parfois même la nuit : bêtes malades, attaques…), dans des conditions de travail rudes (tâches très physiques, altitude, météo peu clémente, confort rudimentaire …) et avec une vie sociale très réduite (solitude, peu de communication avec la vallée…).

L’Europe a su mettre, ces dernières années, des moyens considérables pour le développement du pastoralisme : le Plan de Soutien à l’économie de Montagne (PSEM) a permis la construction et l’aménagement des cabanes, l’ouverture de pistes d’accès, et le repeuplement pastoral des montagnes par des aides au gardiennage conséquentes. De très peu, le nombre de bergers professionnels est ainsi passé à environ 500 dans la chaîne pyrénéenne.

Pourtant, malgré ses grosses responsabilités et sa disponibilité 24h/24 à l’ouvrage, le berger-vacher restait un salarié agricole de 1er niveau, payé au SMIC pour 35 h par semaine. Une injustice qu’il était temps de stopper.

Donner un statut social et professionnel aux gardiens de troupeaux c’était introduire dans les conventions collectives agricoles de chaque département des dispositions spécifiques propres au métier : une classification des emplois, des forfaits hebdomadaires de travail, une grille de salaires, la prise en charge des frais professionnels (équipements, chien, téléphone…). Un gros travail dans ce sens a été fait par les équipes FGA-CFDT sur les territoires concernés.

Si ce travail a pu aboutir dès 2007 en Ariège, Hautes-Pyrénées et Haute-Garonne, Il n’en a pas été de même en Béarn et Pays Basque, la traite quotidienne des brebis, les soins propres à la lactation et la fabrication du fromage s’ajoutant au gardiennage, aux soins et à l’entretien, démultipliant ainsi les difficultés d’appréciation.

Dès 2008, contact était déjà pris par le SGA-CFDT du Béarn avec des bergers du département, regroupés au sein de la nouvelle ABS 64 (Association des Bergers Salariés des Pyrénées-Atlantiques), et qui devenaient, pour certains, adhérents et militants CFDT.

Six années de négociations avec les représentants des éleveurs béarnais, en accord avec les éleveurs basques, auront été nécessaires en 64 pour vaincre la méfiance, faire accepter ce qui n’était autre qu’une révolution culturelle sur ces territoires, évaluer les niveaux de responsabilité et d’autonomie, calculer les temps de travail et élaborer des forfaits, valoriser des salaires,... avec, autour de la table, éleveurs, bergers salariés, militants du SGA-CFDT du Béarn et représentants de la FDSEA.

Le 11 février 2014 l’accord a été signé, sous forme d’un avenant incluant dans la convention collective agricole des Pyrénées-Atlantiques des dispositions spécifiques propres aux bergers-vachers en estive. Des dispositions qui prévoient notamment la fabrication et l’affinage du fromage dans les activités et tâches des emplois, des forfaits hebdomadaires de temps de travail allant jusqu’à 45 heures pour certains et comprenant donc des heures supplémentaires et un jour de repos hebdomadaire, des salaires indexés sur la grille départementale agricole, et la prise en charge des frais professionnels.

C’est une grande victoire pour le SGA-CFDT du Béarn et l’ABS 64, qui marque l’aboutissement d’un long travail des militants, qui au final valorise socialement et professionnellement le métier, dans le respect de la tradition pastorale,  dans la sauvegarde du patrimoine de montagne et dans le développement des territoires.