Les effets de la crise en Aquitaine : la Thermale de France à Dax

Publié le 28/07/2009 à 14H08
Férias, rugby, gastronomie, thermalisme...caricatural, me direz-vous, en parlant de Dax ! Certes. Pour autant, un grand pan de l'économie locale gravite autour des thermes : hôtels, médecins, logeurs, voyagistes... ce qui revêt de réels enjeux économiques et sociaux. Là encore, sous couvert de crise, on parle de compromettre une centaine d'emplois.
Les effets de la crise en Aquitaine : la Thermale de France à Dax
Les effets de la crise en Aquitaine : la Thermale de France à Dax
Férias, rugby, gastronomie, thermalisme...caricatural, me direz-vous, en parlant de Dax ! Certes. Pour autant, un grand pan de l'économie locale gravite autour des thermes : hôtels, médecins, logeurs, voyagistes... ce qui revêt de réels enjeux économiques et sociaux. Là encore, sous couvert de crise, on parle de compromettre une centaine d'emplois.

La crise frappe une institution ici. Pouvez-vous nous parler de ce qu'il en est vraiment ?

L’équipe “Thermale” : La crise ? Tu parles ! oui, elle n'arrange rien, mais l'enjeu principal de cette situation est plus un conflit d'intérêts entre le locataire (notre employeur, filiale du Groupe ACCOR) et le propriétaire des locaux (la Compagnie Thermale de Dax - CTD). La CTD est une SEM (Société d'économie mixte) dont la Mairie de Dax est le principal actionnaire. ACCOR ne fait que louer les murs de 4 établissements/hôtels.

Maurice (resp. CFDT Santé 40) : Depuis 2007, les 2 protagonistes sont au tribunal de Commerce pour un litige concernant le montant exorbitant des loyers, la non-conformité des installations, et des travaux de mise aux normes ou de rénovation effectués par le locataire sans l'avis du propriétaire. Le conflit existait déjà en 2002, sous l'ancienne municipalité. Quoiqu'il en soit, en février 2009, le jugement tombe : le tribunal condamne ' La Thermale de France ' à quitter les bâtiments et la ville au 31 décembre 2009 !

Qu'en pensent les autres professionnels du secteur ?

La “Thermale” :
Un tas de petits établissements attendaient beaucoup en 1997 (arrivée d'ACCOR) de la venue d'un ' pro de la Thalasso ' en termes de clientèle. Trois autres Groupes (familles détenant historiquement le thermalisme localement) ont très vite émis des craintes : perte des habitudes, du type de clientèle…et surtout peur du savoir-faire de ce leader mondial dans le secteur. Précisons que les habitués (curistes, avec séjour de 3 semaines remboursé par la CPAM) leurs suffisaient amplement à l'époque.

Se reposant sur leurs lauriers, ils n'ont pas cherché à se renouveler. La Thermale de France, pourtant moteur dans le secteur, s'est attirée les foudres de la ' nomenklatura ', voyant dans ces méthodes de développement des courts séjours (1 à 2 semaines hors forfait CPAM) comme un argument trop facile aux détracteurs des séjours ' remboursement Sécu '. Mais les curistes ont pris de l'âge et, crise aidant, beaucoup de clients potentiels ont mis ces séjours au second plan, du fait notamment de l'obligation de venir en aide au reste de la famille (chômage et crédits des enfants, perte de pouvoir d'achat…).

Socialement, quelles sont les implications ?

Maurice : A la fin de l'année, ce sont 220 personnes qui sont menacées : personnels (agents thermaux) travaillant dans l'hydrothérapie, la restauration, l'entretien…

La “Thermale” : En tant que représentants des salariés nous étions toujours présents aux audiences du Tribunal…ce qui n'était pas le cas du Directeur Général de la Thermale.
Malgré tout, il existe une clause du contrat liant les 2 parties qui spécifie clairement qu'en cas de rupture contractuelle c'est la SEM qui devra reprendre la gestion des bâtiments, et donc les employés. C'est une session d'entreprise, pas une fermeture.

Maurice : Mais c'est justement là que le bas blesse. Pour être repris par la SEM, il faut être considéré comme salarié de la société. Hors, nous nous sommes rendus compte lors des dernières élections Prud'hommes de 2008 (avec les listes de salariés à notre disposition) que de nombreux saisonniers ne faisaient plus partie des effectifs en fin d'année. La saison thermale se situant globalement entre les mois de mai et d'octobre.  Seuls les 120 CDI risquent d'être repris !

La “Thermale” : Il est impensable pour nous que les saisonniers ne soient pas comptabilisés, certains ont plus de 10 ans d'ancienneté ! Ce sont des salariés à part entière. Nous devons inciter la Mairie, et par là même tout repreneur privé éventuel, à réintégrer l'ensemble du personnel.

Maurice : Dès les premiers signes de désaccords entre les deux parties, en 2007, nous avons pris les devants en demandant au CE une expertise comptable du cabinet SYNDEX.

La “Thermale” : Ce travail nous a permis de connaître la réalité des chiffres du Thermalisme sur Dax, et plus particulièrement de confirmer la baisse d'activité des établissements du Groupe ACCOR. Ce que conteste toujours notre actuel Directeur Général…qui se retrouve décrédibilisé et isolé. En 2009, nous avons de nouveau lancé un droit d'alerte au CE sur plusieurs indicateurs chiffrés essentiels de l'activité. Nous attendons les résultats.

Et pour l'avenir ?

La “Thermale” : Nous pensons qu'il y a de la place pour tous les types de séjours. Regardez le succès de la Thalasso, alors que les prix hôteliers y sont plus élevés. Mais les services ne sont pas adaptés, on manque d'investissements (lourds) pour proposer quelque chose de plus moderne, plus attractif, moins long aussi.

Maurice : La SEM devra certainement faire appel à l'emprunt…ou trouver un autre partenaire (Privé ou Public). Tant que certains acteurs continueront de se manger les restes au lieu de se réunir pour travailler à un autre type de développement, nous n'arriverons à rien.

La “Thermale” : Et puis il est difficile d'attirer du personnel qualifié vu les conditions salariales. Après 25 ans d'ancienneté, nous touchons pour certains entre 1000 et 1200 euros net/mois.

Quel quotidien pour la section ?

La “Thermale” : Tous les jours sur le terrain, de part nos métiers. Du fait que nous soyons présents sur les différents sites, on nous interpelle plus facilement en direct, avec pour résultat une plus large diffusion. Malgré tout, parfois, le message peut-être perturbé. Nous préférons alors des actions collectives comme pour la transmission de l'expertise comptable où nous avons réuni les salariés dans une salle de l'Union Départementale CFDT Landes. Nous avons pu économiser nos heures de délégations (peu nombreuses) plutôt que de courir après l'un et l'autre, dérangeant son travail, et risquer par ailleurs une mauvaise compréhension de nos propos. On tient aussi à remercier le syndicat, grâce à qui nous avons pu médiatiser l'affaire. Une conférence de presse à même été organisée avec de bons retours.

Plus généralement, quel rôle joue la crise dans la situation Landaise ?

Roger (Sec Général CFDT Landes) : Beaucoup d'autres secteurs de l'économie landaise sont touchés. La crise, comme la tempête, jouent un rôle de révélateur. Les entreprises de main d'œuvre passent d'une gestion patrimoniale à un capitalisme obéissant à des logiques financières. En fonction des secteurs, de la taille des entreprises, les répercussions varient :
- le bois voit ses marchés fortement dérégulés par les effets de la tempête et se trouve confronté à des périodes de chômage technique, à une détérioration des conditions de travail.
- L'ameublement, lui, subit de lourdes pertes d'emploi, les entreprises n'hésitant pas, sous couvert de crise, à poursuivre leurs logiques de délocalisations et restructurations.
- Le bâtiment et travaux publics qui avaient des carnets de commande remplis ne voient plus rentrer de contrats.
- L'aéronautique, qui semblait peu touchée, réduit l'intérim. Les sous-traitants, comme toujours, souffrent en premier.
- L'agroalimentaire commence aussi à restructurer…

Si les annonces de licenciements dans les “grosses” entreprises, largement médiatisées, sont difficilement supportables, beaucoup de petits licenciements touchant des salariés d'entreprises de moins de 10 salariés passent pratiquement inaperçus. Les conseillers du salarié CFDT voient leur rythme d'intervention multiplié par 2 depuis le début de l'année et cette masse ' silencieuse ' risque fort de fournir les plus gros bataillons de demandeurs d'emplois.

Cela donne encore plus de poids aux revendications nationales de la CFDT.