CNC : intervention Cfdt Aquitaine

Publié le 12/07/2016 à 12H22
Les 24, 25 et 26 mai 2016 se tenait le Conseil National Confédéral. Voici l'intervention de la CFDT Aquitaine.

présentée par M. Bétat.

L’Union européenne hésite sur ses priorités entre la négociation d’un accord de libre-échange commercial transatlantique entre l'Europe et les Etats- Unis répondant à l’acronyme soyeux et accrocheur TAFTA, et un accord de gestion de flux des réfugiés.

Il est loin le rêve d’une Europe solidaire, humaniste et écologique. Les 28, dans un objectif de régulation du flux migratoire toujours plus important et face à leur échec à gérer cette situation, ont imaginé un accord scélérat avec la Turquie. Cet accord considère les êtres humains comme une simple monnaie d’échange où la Turquie « a droit de vie et de mort » sur des personnes qui ont fui leurs pays dans l’espoir de survivre, en décidant qui pourra entrer dans l’espace européen, et qui sera renvoyé dans son pays.

En contrepartie de cette régulation honteuse, la Turquie a en plus obtenu une aide de 3 Milliards et une accélération de la négociation d’adhésion à l’Union Européenne. Cela est proprement honteux et nous ne pouvons que nous féliciter de la position confédérale sur le sujet, dénonçant avec la CES la signature de cet accord.

Mais nous devons aussi dénoncer les conditions d’accueil que nous proposons à ces migrants chez nous. Les diverses images des jungles dans le calaisis ne peuvent que nous révolter et nous ne pouvons que louer ici l’initiative du maire de Grande Synthe et de Médecin Sans Frontière d’avoir créé un camp décent pour les migrants. 

Remercions aussi tous les camarades cédétistes de la région des Hauts de France, entre autres, qui s’engagent tous les jours auprès de ces populations. Ces réfugiés, femmes, hommes et enfants qui ont pris tous les risques pour fuir la guerre valent mieux que ça mais personne dans un monde si prompt à s’indigner n’a créé un hashtag pour le faire savoir.

Ce même hashtag né aux premiers jours de la loi travail dite El Khomri a rassemblé un nombre important de personnes fatiguées d’une société qui n’arrive plus à leur donner des perspectives d’avenir, la France connait son coup de blues démocratique.

Blues qui se traduit aujourd’hui par un déferlement de violence dans les manifestations de rue.

Sans ici minimiser leur opposition à certains dispositifs de l’avant-projet, c’est bien ce mal-être que certaines équipes cédétistes traduisent par leur participation dans les cortèges.

Le projet de loi Travail ou le combat des postures.

Seulement un jour de débat à l’assemblée et voilà que le gouvernement dégaine le 49.3, passage en force pour une loi qui prône le dialogue social au sein des entreprises. Déni de démocratie pour les uns, stratégie politicienne pour les autres, il faut maintenant redoubler d’attention afin que les avancées obtenues par la CFDT ne fassent l’objet d’aucun recul. 

Le projet de loi travail parlons-en. Il s’agit bien du code du travail et non de l’emploi que cette loi veut réformer. Laisser penser qu’en modifiant le cadre qui régit les relations au travail créerait de l’emploi est une ineptie. Pas d’angélisme, pas de caricature, ce projet de loi permet de véritables avancées sociales.

Malgré ces évolutions âprement négociées, les opposants du premier jour demandent toujours son retrait sans jamais être force de contre-proposition, préférant la radicalité à la négociation.

Néanmoins la législation devra continuer à évoluer car le code du travail avant ou après la réforme n’est pas suffisamment protecteur en ces temps de changement au regard des nouvelles formes du travail : ubérisation, autoentrepreneur, nouveaux lieux de travail - tiers-lieu, fablab, coworking, living lab, …-. Devant cette explosion de lieux créatifs il nous faut repenser notre modèle social, le temps travail, l’organisation du travail, la qualité de vie dans et hors du travail.

Malgré notre engagement sur les dispositions loi travail, ce projet nous inquiète.

Alors pourquoi cette inquiétude. Après les Lois Macron, Rebsamen, voici le projet El Khomri. En moins d’un an, ces lois sont venues modifier en profondeur les règles de l’économie et du travail. La loi Rebsamen chamboule le rôle des élus dans les entreprises augmentant leur responsabilité. Des élus qui doivent faire face à des directions souvent déloyales. Des responsables d’entreprises plus enclins aux stratégies économiques court termistes négligeant les investissements qu’aux politiques de Ressources Humaines, véritable gage de pérennité d’entreprise et de sécurisation des parcours professionnels pour les salariés. Des élus d’entreprises et d’administrations qui doivent faire face à des salariés, des agents de plus en plus exigeants, plus soucieux de leur intérêt individuel au détriment de l’intérêt général. Alors comment les élus ne peuvent-ils pas être inquiets quand le projet propose plus de négociations en entreprise ?

Comment ne pas être inquiet quant au niveau national le dialogue social est en panne.

Comment ne pas être inquiet quant des syndicats de salariés et les organisations patronales par leur position radicalisent la population, creusant le lit des extrêmes.

La position de la CFDT dans ce contexte, est certes courageuse et nous devons la porter car elle met le citoyen salarié au cœur d’une société qui se redessine.

Alors comment rassurer et aider nos militants, nos élus, comment les amener dans cette nouvelle voie, la voie de la négociation dans et hors de l’entreprise ? La formation syndicale reste et demeure le meilleur outil d’apprentissage et d’émancipation de nos équipes. Il est donc important d’être en capacité de proposer des formations confédérales en adéquation avec ces nouvelles exigences. Une aide de la confédération rapide à la réalisation de ces nouveaux modules sera appréciée et permettra sans aucun doute de répondre à ces besoins et attentes. Il est nécessaire, aussi, dans cette période qu’une synergie fédération et interpro soit mise en place afin de mieux coordonner nos actions de formation sur le terrain et de s’assurer que le plus grand nombre en bénéficie.  Il restera à trouver le moyen de faire venir nos militants dans nos formations, ce qui reste une gageure au regard du faible taux de formation de nos adhérents et de la complexité accrue par les modalités liées au maintien de la rémunération.

Cette période dense et riche en changements aurait bien fait l’économie de la fusion des régions mais encore une fois, le choix ne nous sera pas donné.

Le congrès extraordinaire de l’URI Aquitaine du 30 mars a prolongé notre mandat pour nous permettre de construire cette nouvelle entité.

Pour l’instant dans la grande région ALPC 1 + 1+ 1 continue à faire 3 et peine encore à tendre vers 1.

Ecrire un projet commun alors que le plus gros du travail consiste à préserver l’équilibre plus ou moins précaire de chacun paraît pour le moins un défi important. Nous ne dirons pas impossible parce qu’il nous faut cette vision du possible pour continuer. La réunion des trois commissions exécutives des 19 et 20 mai dernier à Bayonne permet d’être raisonnablement optimiste. D’ores et déjà la constitution de la liste TPE a marqué le début d’un travail commun efficace qui va, n’en doutons pas, porter ses fruits dans les urnes. Merci de votre écoute.